Jon Shannow, deux bibles et deux pistolets.

Je vous l’accorde, le parallélisme avec « Une Bible et un fusil » ne rend que moyennement.

couverture Jon Shannow l'intégrale

Shannow, Jon Shannow ; le cycle Les Pierres de Sang est un peu le cycle atypique de David Gemmell dont les œuvres principales seraient plutôt à classer dans une Fantasy plus « classique » avec le cycle de Drenaï ou bien dans la Fantasy Historique avec Troie. Ici, il n’en est rien, la vie de Jon Shannow sonne au son du western post-apocalyptique…

 

Sorti entre 1987 et 1994 chez nos amis anglo-saxons, ce n’est qu’en 2002 qu’est sorti chez Bragelonne le premier tome de la trilogie, l’Homme de Jérusalem ; et seulement en 2010 qu’est sorti Pierre de Sang, troisième et dernier livre. Et finalement, en 2011, avec la réitération de l’opération 10 ans – 10 Romans – 10 Euros, Bragelonne ressort la trilogie en un seul volume. Qu’on le dise dés le début, c’est clairement la couverture qui attire le chaland : sobre mais intrigante, un crucifix noir plus macabre que ne le veut la norme mais aux extrémités finement ouvragées, un crucifix fait d’ombres et de lumières, un crucifix de clair-obscur sur un fond gris pour le moins hétérogène et seulement surmonté des deux mots « Jon Shannow ». La quatrième de couverture aussi à le mérite d’intriguer, et bien que classique, elle sait faire envie.

 

« Dans un monde où la civilisation a été remplacée par une ère de barbarie et de cruauté, un homme solitaire est en quête de rédemption. Son nom est Jon Shannow. Pour une raison qu’il ignore, il semble avoir éveillé la colère d’Abaddon, le chef d’une gigantesque armée de fanatiques religieux pratiquant le sacrifice humain afin d’apaiser les Pierres de Sang, morceaux d’étoiles dotés d’étranges pouvoirs. Mais Abaddon a commis une erreur : il a enlevé la seule femme qui compte aux yeux de Jon Shannow. Pour la sauver, l’homme errant est capable de remuer le ciel et la terre… et l’enfer. »

 

Cependant, si nous devions nous attarder sur l’aspect matériel de l’ouvrage, on pourrait déplorer la souplesse de la couverture (sûrement due au grain du carton utilisé) qui, sans atteindre la flexibilité des livres de la collection Bouquin de chez Laffont, tranche avec le reste des publications de chez Bragelonne. Le papier aussi fait un petit peu bas de gamme, oh, ce n’est pas grand chose, mais là encore il est plus fin qu’à l’ordinaire, ce qui au premiers abords semble un peu inconvénient pour une maison d’édition qui nous a habitué à des livres d’excellente qualité matérielle. Cependant, pour le prix, nous ne ferons pas les fines bouches (bien que se soit une édition limitée) ; et comme le dit l’adage, qu’importe le flacon pourvu qu’on ai l’ivresse.

couverture Jon Shannow tome 1 couverture Jon Shannow tome 2couverture Jon Shannow tome 3

Et l’ivresse, on l’a amplement. Elle vient cependant lentement, au fur et à mesure:le goût est étrange au début, un univers à s’approprier, un bout de dialogue un peu décevant dans les premières pages ; mais rapidement, l’alchimie prend, et avides, nous en redemandons !

Mais inutile de parler plus du cycle des pierres de Sang sans parler plus du contexte : l’Humanité a chuté, le monde à basculé de son axe et sur les terres autrefois immergées, les océans se sont déversés. Les quelques rescapés de ce désastre tentent tant bien que mal de survivre, en faisant si possible renaître la civilisation. Mais trois cent ans plus tard, alors qu’au milieu de terres vierges et sauvages les communautés perdues prennent de l’ampleur, plus personne ne se souvient de ce qui provoqua l’apocalypse. Et lors de moments pareils, les Hommes ont besoin de réponses, et ces réponses, c’est dans la Bible qu’ils les trouvent ; le monde a donc sombré il y a trois cent ans juste après la crucifixion du Christ, certes d’aucuns sont tentés de dire que deux mille ans séparent la mort du Christ et l’apocalypse, mais de toute façon, personne n’y prête vraiment attention, il y a tellement à faire : la science à réinventer, les terres à coloniser, les lois à édicter et les brigands à chasser… Mais pour les brigands, il y a Jon Shannow.

Jon Shannow est un homme solitaire qui ne vit que dans sa recherche de Jérusalem, il s’est autoproclamé jardinier de Dieu, éradiquant les mauvaises herbes, et de ce fait, il est craint de toutes les classes de la population. Mais vient un jour où ce cavalier doté d’un sixième sens quant à la détection du danger, ce cavalier tirant au pistolet mieux que quiconque et récitant des Psaumes avant d’achever ses victimes se met à penser à une autre vie, une vie dans une ferme avec une femme et des enfants. Cependant, alors que le bonheur était enfin à porté de main, voilà que le sort s’acharne sur lui et qu’en plus de voir sa compagne lui être enlevé, une nation d’adorateurs de Satan se met en tête de dominer le monde.

 

La trilogicouverture Jon Shannow tome 1 v1e de Jon Shannow parle donc de cet homme, de ses combats ; mais plus qu’une lute pour la liberté, c’est le rapport des hommes aux religions, aux sources d’énergies et de pouvoirs ainsi qu’à l’environnement qui est traité. Et loin de ne porter qu’une seule approche dogmatique avec un héros à la limite de l’intégrisme ( comme peuvent le faire (un) certains auteurs ), c’est plutôt un récit ouvrant à la réflexion. Car oui, Jon Shannow, c’est certes des romans très bien écrits sur un homme se levant face à la tyrannie et faisant face à différentes invasions ; mais a travers les scénarios de base relativement similaires des trois volumes, c’est le cheminement d’un héros solitaire et son intégrations dans la société qui donnent toute la profondeur des récits. Shannow, en effet côtoie nombre de personnages hauts en couleurs, des athées aux intégristes, et non-violents aux sanguinaires, il se créé lui même en fonction de ses rencontres qui ne sont que le terreau d’une civilisation future.

Mais en plus de son univers plus western que post-apocalyptique (conquête des terres inhabitées en chariots, construction de ranchs en rondins et redécouverte de la technologie avec un passage du pistolet à silex aux revolvers à barillets), Jon Shannow, c’est aussi de la Fantasy avec de la magie, des créatures mystérieuses, des univers parallèles et une mystérieuse civilisation révélée par le mouvement des océans. Un univers qui plus est bien maîtrisé qui nous ferrait même y croire tant certains éléments sont plausibles ou bien agencés. Mais au final, c’est peut être cette aspect qui, à force d’être un peu trop exploité sur le dernier tome rend le récit un peu trop éloigné du lecteur, et se concentrer un peu plus sur l’univers où vit le héros aurait pu renforcer le message porté par le récit.

Et donc, un peu trop démesuré dans le troisième volume la partie surnaturelle tranche un peu trop avec le charme du premier ; cependant, le deuxième tome offre une bonne transition et l’histoire en elle même reste de très bonne facture.

 

Finalement, pour ce qui est du style littéraire, un mot seul mot vient à l’esprit : Gemmell. Et Gemmell est synonyme de qualité. Certes, certes, certaines tournures de phrases au début premier tome peuvent paraître étrange, mais le récit est tellement prenant et si bien écrit par la suite qu’on les oublie une fois lancé dans l’histoire.

 

L’intégrale de la trilogie de Jon Shannow, donc, bien que le livre puisse paraître d’une qualité matérielle moindre par rapport au autres ouvrages parus chez Bragelonne (tout en restant tout de même de bonne facture, que cela soit dit) offre un récit surprenant au contexte original, bien pensé et tel que l’on voudrait en lire un peu plus souvent. Le récit est tel qu’on ne le lit pas, on le vit ; et une fois finit, c’est une irrésistible envie de films sur la conquête de l’Ouest ou de parties effrénées de Call Of Juarrez qui nous prend.

Sans toutefois révolutionner la Fantasy, Jon Shannow se trouve être très rafraîchissant et porteur d’un message fort, ajoutez-y le prix imbattable pour cet intégrale et le prestige d’une édition limitée, et ça donne de très bons moments de lecture et un bel objet dans la bibliothèque.

 

86/100

 

Ce billet a été rédigé en écoutant The Great Mass de Septicflesh, qui vous est vivement conseillé.

Sur ce, à bientôt avec ou une critique sur La Louve et la Croix, ou l’interview de « POC »… Ou autre chose.

One Response to “Jon Shannow, deux bibles et deux pistolets.”

  1. Daryan dit :

    Merci pour cette critique fort sympa. J’ai eu ce même ressenti durant ma lecture de vouloir reprendre Call of Juarez !!!

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